Bonjour à tous :
En préambule qui suis-je ?
1) Le "MAL" car mâle, blanc, quinquagénaire MAIS sans rolex ! Je suis donc, aux regards d'une partie de la population "nouvelle" (dont fait partie ma fille âgée de 13 ans) un des responsables des tribulations actuelles de notre monde où tou-t-te à chaun-e tente de trouver sa place en construisant son histoire et son futur avec des repères qu'ils jugent "honorables" fusse-t-il nécessaire de réécrire l'histoire !
2) Un jouer de Dungeons & Dragons, puis de Dongons et Dragons, puis d'AD&D, puis d'AD&D 2e, puis d'AD&D 2.5, puis de D&D 3e (D20 system), puis D&D 3.5, puis D&D 4e et enfin D&D 5e. A ce jour, et comme à chaque nouvelle édition depuis désormais plus de 30 ans je me pose la question de savoir si je vais continuer sur la 6e/anniversary/etc... Je connais déjà la réponse et je reste trèès dubitatif sur mon comportement moutonnier.
Je fus dans les années 80/90 et début 2000 un "cœur de cible" commercial pour TSR/ WoTC.
Et pourquoi ? Parce que déjà, à l'époque de ces décennies, la réalité sociologique et statistique des joueurs était faite de mâle blanc scolarisés dans des collèges/lycées bourgeois (le JdR est arrivé très tardivement et de façon trèèèès subtile dans les lycées professionnels de banlieues où étaient scolarisés des enfants de classes populaires et d'origines immigrées- je parle en connaissance de cause- donc plus rétifs à la lecture/traduction de volumes abscons et surtout financièrement moins solvables).
Je ne parle même pas des filles que nous tous, joueurs prépubères à la testostérone active, espérions voir arriver en masse docile et compatissante. Espérance parfois troublée par le fait que nous aurions dû vraisemblablement repositionner le RP de nos personnages de façon plus "compatible" (et je ne parle pas là encore de wokisme). Moins de beuveries, moins de coucheries, mois de massacres, moins d'ambition donc d'égo surdimensionnés.
Pour en revenir au Lore j'ai été de ce côté là très sobre puisque mise à part Hommlet/TOEE en Greyhawk, j'ai fais mes classes, mon service et la réserve (NDLR : termes militaires) dans les Forgottens. Depuis les boites grises (Grub/GreenWood de 1987) aux volumes DD5 (je pleure encore sur la médiocrité du Guide des aventures de la Côte des épées) en passant par : " Les Royaumes Oubliés - Univers " (Greenwood/Reynolds & Co de 2002) pour moi le plus beau et le plus complet ouvrage de lore publié pour notre jeu.
Bref, pour en revenir à notre discussion sur la mort du Lore, sur les opportunités commerciales de l'entreprise qui fabrique notre jeu et sur les interactions de tout ça avec les soubresauts éthnico-historico-socio-genrés de nos sociétés je me permet de vous proposer une citation d'Hannah Arendt :
La société de masse ne veut pas la culture mais les loisirs.
Quel rapport me direz-vous ? Le même qu'il y a parmi nous entre les tenants d'une "culture du lore" et les tenants d'une approche plus ludique, plus contemporaines, plus fluides.
Attention, je ne dis pas que les premiers sont d’indécrottables conservateurs aigris et viscéralement attachés aux textes sacrés et les autres de pauvres consommateurs oisifs et faignants plus attachés à jouer qu'à produire des thèses sur l'acceptation raciale des drows dans la société contemporaine d'Eauprofonde...
Je dis que notre jeu, qui a - si l'on s'en réfère au canons officiels - bientôt 50 ans, n'a pas pu, ne peut pas et ne pourra sans doutes plus se protéger des réalités du monde au sein duquel évolue désormais son cœur de cible (et la boucle est bouclée !).
Cœur de cible qui, et c'est tant mieux, change avec l'évolution des gens qui habitent cette planète mondialisée.
D&D est un RPG à vocation universelle (entendu qu'ils touchent avant tout des enfants et des adultes lettrés et en mesure d'être physiquement en interactions avec d'autres).
D&D est un jeu qui a évolué et continuera à le faire et qui, comme d'autres jeux - et je pense à WOW auquel je joue encore un peu - ne peut le faire qu'en faisant l'impasse sur certaines partie de ses fondements.
Tous les jeux évoluent (ou presque) ! WOW (Mysts of Pandaria a été une des extensions les plus décriées en terme de ciblage économique du continent asiatique) , Le Cluedo (nouveaux personnages - mixité & co). Et d'un certain côté heureusement.
Rappelez-vous que notre jeu tire ses fondements d'un loisir de figurines napoléoniennes dans des salons cossus du début du XXe siècle pratiqués par des gentlemans aristocrates (lire ou relire "Petites Guerres" de HG Wells à ce propos. HG Wells qui définissait ses pratiquants de...
garçons de douze à cent cinquante ans ET pour des filles d'une intelligence supérieur appréciant les jeux et livres à destination des mâles.
. Là, tout le monde en conviendra, plus aucun éditeur se permettrait d'écrire cela en introduction de règles. Au mieux il disparaitrait dans les limbes des ovnis ludiques au pire il serait trainé devant les tribunaux américains.
Donc D&D change.
D&D fait l'impasse sur son Lore, le simplifie, le remanie, l’allège, le rend "politiquement correct" ou " woke"
En faisant cela D&D élabore et vend constamment de nouveaux produits (un nouveau Lore) qui trouvent (ou pas) de nouveaux clients ou oblige ses fans à poursuivre sans fin des achats redondants.
En soit cela peut-être pénible mais cela n'enlève rien à notre capacité de jouer ensemble. Elle agace les puristes (et je les comprends en étant un moi-même) mais permet à d'autres de s'identifier enfin.
Je fais un parallèle avec certains sports de combat (dont je pratique) où les femmes n'ont étés autorisées à pratiquer qu'au début des années 60 voir 70. L'arrivée de la plus grande partie de l'humanité dans le sport à nécessité des adaptations, des changements de doctrines, de pratiques afin que tou-te-s puissent partager le même sport.
D&D en est là depuis un certain temps : s'adapter afin que tou-te-s puissent pratiquer quitte à devoir faire l'impasse sur des fondamentaux du lore ou des règles afin que que la jouabilité soit optimum (même si parfois les nouveaux arrivés n'ont rien demandé).
C'était long. Merci à ceux-celles qui ont lu
Phidaone