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L'HISTORIQUE

LE CONTEXTE

Antiochos IIIRaphia est très représentative des batailles de l'époque hellénistique (période historique qui va de la mort d'Alexandre à la conquête romaine). Ce fut une bataille majeure en raison des effectifs engagés, et parce qu'elle sauva le royaume lagide d'Égypte et retarda la réalisation des prétentions du roi syrien Antiochos III. Ce dernier, jeune roi séleucide, était très ambitieux et énergique. Son audace était fameuse et lui valait la fidélité de son armée. Son grand dessein était de rétablir la puissance de l'empire séleucide après un demi-siècle de déclin. L'Égypte lagide étant le principal ennemi de la Syrie séleucide, aussi est-ce dans cette direction qu'il décida tout d'abord d'attaquer. Eût-il réussi, il aurait rassemblé les moyens nécessaires à la restauration de l'empire universel d'Alexandre le Grand dont les deux royaumes étaient issus.

La défense de l'Egypte revenait au jeune Ptolémée IV Philopator qui passait pour se préoccuper plus de ses plaisirs que du bien de l'État. Voluptueux et mystique, il ne semblait pas apte à défendre l'empire lagide. Il était néanmoins secondé par un ministre de talent, Sosibios d'Alexandrie, un égyptien, ce qui était exceptionnel dans cet empire colonial. Et les qualités conjointes de l'un et de l'autre devaient suffire à sauver l'Egypte.

L'enjeu du conflit était le contrôle de la Coelé-Syrie (l'actuel Liban) et de la Palestine. Alléchée par la défection du condottiere Théodotos qui tenait plusieurs villes, l'armée séleucide se mit en campagne au printemps 219 av. J.-C. La situation était grave pour l'Égypte qui n'était pas préparée. Elle rassembla des troupes à la hâte, recruta à prix d'or les meilleurs chefs mercenaires et, enfin, Sosibios mit sur pied son "arme secrète" : la constitution d'une phalange de 20.000 égyptiens qui donnerait à Ptolémée l'avantage numérique. Le fait d'armer les égyptiens, depuis toujours écartés des affaires militaires dans ce royaume colonial, était un pari audacieux ; on ignorait s'ils allaient se révéler efficaces ou s'ils allaient fuir au moment de la bataille.

Ptolémée IVMais organiser une phalange requiert des manoeuvres préalables et l'Égypte ne put contre-attaquer avant la campagne de 217 (la guerre était en ces temps-là une activité saisonnière). Sosibios put néanmoins amuser l'ennemi par des négociations et des rumeurs de contre-attaque imminente de la flotte (l'atout maître des Ptolémées). Antiochos se contenta donc de réduire la Palestine : fin 218, l'Égypte était sauve.

Au printemps 217, les pourparlers sont rompus et la guerre reprend. Une attaque ptolémaïque en Palestine n'aboutit pas et l'invasion du sol égyptien commence. Ptolémée IV se porte alors à la rencontre de l'envahisseur avec ses 70.000 fantassins, 7000 cavaliers et 73 éléphants africains. En face, Antiochos III n'aligne que 62.000 fantassins, 6000 cavaliers et 102 éléphants indiens. Mais l'armée lagide, essentiellement composée de piquiers, n'a pas d'expérience des combats et sa qualité est plutôt médiocre. Antiochos a beaucoup moins de piquiers, mais de même que sa cavalerie, il s'agit de vétérans de grande valeur. La partie la moins fiable de ses troupes est la masse de ses levées asiatiques qui rappelle les cohues des armées du Grand Roi (Darius, empereur des Perses, vaincu par Alexandre). Le 17 juin, on campe à 9 km de Raphia, et c'est là que les deux armées se rencontrent. Cinq jours s'écoulent avant de se résoudre à livrer bataille. Pour Ptolémée, c'est le combat de la dernière chance.

LA BATAILLE

Le 22 juin les deux armées sont déployées de façon traditionnelle : phalanges au centre, face à face, soutenues sur les ailes par la cavalerie, les troupes légères et les éléphants étant en avant de la ligne de bataille. Aucune grande démonstration tactique n'eut lieu ce jour-là, car ni l'un ni l'autre des deux généraux en présence n'était particulièrement génial. Le combat commença par l'affrontement des éléphants. Les pachydermes du camp ptolémaïque originaires d'Afrique du Nord, plus petits, ne purent résister à leurs congénères indiens. Sur les deux ailes, ils refluèrent donc en grand désordre. Sur la gauche égyptienne, où se trouvait le Roi, ils provoquèrent la panique dans la cavalerie qui les suivait, et Antiochos à la tête de ses meilleurs cavaliers (les hétairoi et les agéma) remporta une grande victoire. Mais, alors que Ptolémée allait se réfugier derrière sa phalange, les cavaliers asiatiques se lancèrent dans une folle poursuite, roi en tête, et ne revinrent pas sur le champ de bataille.

éléphantHeureusement pour Ptolémée, sur l'aile droite, l'excellent condottiere Echécrate évita de renouveler cette erreur. Appuyant sa cavalerie par les contingents de mercenaires grecs et de javelotiers galates et thraces, il bouscula les levées arabes et les autres cavaliers d'Antiochos. Ainsi, chaque armée triompha sur son aile droite. Mais Echécrate sut retenir ses hommes, les réorganisa et se rabattit sur le flanc des phalanges séleucides.

Car entre-temps, les phalanges, découvertes sur leurs flancs, avaient marché l'une contre l'autre. Le front était statique, mais sans soutien, et subissait le simple poids du nombre. Les séleucides ne purent tenir quand la cavalerie mercenaire de Ptolémée menaça leurs arrières. Ils refluèrent donc en désordre, ce qui occasionna un grand massacre. La partie était gagnée pour Ptolémée.

CONSÉQUENCES

Le lendemain, Antiochos battit en retraite vers Gaza et demanda à enterrer ses morts, ce qui signifiait reconnaître sa défaite. Il avait perdu 10.000 fantassins, 300 cavaliers et 6 éléphants. Ptolémée n'avait perdu que 1500 fantassins, 700 cavaliers et 15 éléphants. Cette victoire décisive permit à Ptolémée de récupérer toutes ses possessions d'Asie mineure. Une trêve d'un an fut signée. Ainsi se terminait la IVe guerre syrienne, par une nullité. Ptolémée IV n'était en effet pas trop en état de profiter de sa victoire, car dès 217, les Egyptiens, qui avaient pris conscience de leur force, commencèrent à fomenter des révoltes. Ce fut le début d'un demi-siècle de troubles civils qui marquèrent le déclin de l'empire lagide.

Texte de Jean-Marc Zaninetti

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