L'HISTORIQUE
LE CONTEXTE
Bonaparte voulait menacer le contrôle des Britanniques sur l'Inde par la conquête
de l'Égypte. Le 5 mars 1798, le Directoire donne son accord pour l'organisation
de l'expédition. En 10 semaines, un corps expéditionnaire de 30.000 hommes
est formé. Pour projeter cet ensemble à l'autre bout de la Méditerranée,
la flotte expéditionnaire, commandée par le vice-amiral Brueys, sera
composée de 54 bâtiments de guerre (dont 13 vaisseaux) et de 280 navires
de commerce. L'armada atteint Alexandrie le 1er juillet et la ville tombe aux mains
des français sans opposer de resistance. Cependant, contrairement aux prévisions,
le vieux port d'Alexandrie est inaccessible aux vaisseaux. Brueys propose
alors d'abriter la flotte dans la rade d'Aboukir en attendant de trouver une meilleure
solution, ce que Bonaparte accepte avant de partir pour Le Caire.
Mais Nelson, le grand amiral anglais, inefficace dans ces
tentatives d'interception de la marine française, désire se rattraper.
Lorsqu'il apprend que l'armada ennemie s'est posté près d'Aboukir, il
met tous ses bateaux en alerte et met le cap vers la côte. Quelques jours plus
tard, le 1er août, il surprend l'escadre française, pourtant présente
sur les côtes égyptiennes depuis près d'un mois.
LA
BATAILLE
À 14 heures, les veilleurs du vaisseau français l'Heureux signalent
une douzaine de voiles venant du nord-ouest. Les anglais ! De Brueys, qui a disposé sa
flotte parallèlement au rivage, a connait la tactique britannique qui consiste à traverser
la ligne adverse. Il ordonne alors à tous ses bâtiments de se réunir
les uns aux autres par de gros câbles afin d'empêcher l'ennemi de couper
la ligne. Il espère ainsi repousser la bataille jusqu'au lendemain, ce qui lui
permettra de récupérer les nombreux membres de ses équipages descendus à terre
pour ravitailler. De plus, la flotte britannique ne se risquera surement pas de nuit
dans ces eaux peu profondes et non reconnues. Mais, vers 17 heures, Nelson décide
de passer à l'attaque et d'assumer les risques d'un combat nocturne.
Nelson s'est en effet aperçu que la ligne française est trop éloignée
des haut fonds. Il divise alors sa flotte en deux divisions, une attaquant les français
du côté du large, l'autre se glissant entre le rivage et la ligne de De
Brueys, pour la prendre entre deux feux. Au cours de la manœuvre le HMS Culloden
s'échoue, mais les autres réussissent à passer. Les bâtiments
britanniques jettent alors l'ancre autour des français, croisant leurs tirs à plusieurs
sur chaque vaisseau français. Les combats sont livrés à bout portant.
Le HMS Zealous se place sur l'avant du Guerrier, pendant que le
HMS Audacious s'intercale entre lui et le Conquérant et que
le Goliath l'engage côté rivage. Le HMS Theseus et le
HMS Vanguard encadrent le Spartiate, et le HMS Orion et
le HMS Defence font de même autour du Peuple Souverain. Le
HMS Leander trouve lui une faiblesse dans le réseau de chaînes
français et se place entre le Peuple Souverain et le Franklin.
L'Orient et ses 120 canons, vaisseau de l'amiral Brueys, est engagé par
le HMS Bellerophon, presque deux fois moins puissant. Ce dernier sera foudroyé à bout
portant.
En moins de trois heures, la moitié des navires français sont terriblement
touchés. L'habileté et la rapidité des canonniers anglais, très
bien entrainés, sont determinant. La flotte française est donc déjà en
grande difficulté lorsque, à la tombée de la nuit, deux nouveaux
vaisseaux anglais, le Swiftsure et l'Alexander, qui revenaient d'une reconnaissance
sur Alexandrie viennent prête main-forte à l'escadre de Nelson. L'Orient
prent feu vers 21h30, et explose à 22h00, ne laissant qu'une centaine de survivants
qui s'enfuient à la nage. L'amiral de Brueys est mortellement blessé.
Vers minuit, le combat prend fin.
Villeneuve profite de l'obscurité pour appareiller avec les deux seuls vaisseaux
encore intacts, le Généreux et Guillaume Tell, et les
deux frégates restantes, la Diane et la Justice. Il fait voile
en direction de Malte.
CONSÉQUENCES
CITATION
Napoléon dira de Brueys à ceux qui faisaient valoir la faute qu'il avait
commise en restant à l'ancre au moment de l'attaque britannique : "Si,
dans ce funeste évènement, il a commis des fautes, il les a expiées
par sa fin glorieuse".
Le bilan pour les Français est très lourd. Outre l'Orient, le Timoléon
et la frégate Artémise ont brulé, la Sérieuse a coulé,
et les autres vaisseaux ont été capturés. 1700 marins tués,
et 3000 autres prisonniers. En comparaison les Anglais n'ont que 218 tués et
seulement deux vaisseaux gravement avariés. Mais Nelson n'a que l'ordre de détruire
la flotte française, pas celui de conduire une expédition sur la terre
ferme. Une fois sa mission accomplie, il rentre donc en Grande-Bretagne avec ses prises
de guerre, sans plus interférer avec les opérations françaises.
Perdant lors de cette bataille le fleuron de sa flotte de guerre, la France ne pourra
la remplacer avant plusieurs décennies, et laissera ainsi la maîtrise
de la mer à la Royal Navy pour tout le XIXème siècle. Le reste
de la flotte française, composée de navires moins performants, sera d'ailleurs
coulée à Trafalgar.
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