Par blueace le 04 Aoû 2011, 19:16

REIKO, NINJA

Située sur la côte ouest de Minkai, Vague Blanche, la ville natale de Reiko, était un tranquille petit village de pêcheurs ; quelques cabanes et chalets accrochés à une falaise abrupte qui surplombe le port. Écrasé par une humidité accablante et l'air empli de nuages ​​de mouches et de moucherons piqueurs l'été, sujet à de dangereuses tempêtes l'hiver, Vague Blanche avait peu à offrir à un seigneur, et peu lui été exigé.

Reiko avait 12 ans lorsque tout bascula. Suite à des conflits de salons et des changements de frontières entre fiefs de nobles, Vague Blanche passa sous le contrôle d'un nouveau seigneur, Entobe Hisashi. Et ce dernier avait de grands projets pour le village. Pour lui, ces falaises étaient l'endroit parfait pour bâtir un nouveau sanctuaire, de majestueuses tours qui plairaient aux dieux et attireraient leurs faveurs sur sa famille pour des générations. Un projet aussi ambitieux allait nécessiter de nombreux bras pour sa réalisation, mais le seigneur Entobe savait déjà où les trouver.

De fait, lorsque Reiko repense à son enfance, elle ne se souvient pas de quand elle fouillait dans les petites cuvettes que laissait la marée, ou lorsqu'elle escaladait le haut des dangereuses falaises sous les rires de sa mère et les réprimandes inquiètes de son père. Au lieu de cela, elle se souvient de l'odeur des roches et du goût de la poussière dans sa bouche, de ses ongles cassés et des coupures que lui laissaient les pierres. Elle se souvient également des longues heures de labeur sous un soleil ardent, transportant de l'eau pour les villageois forcés de tailler des pierres dans une carrière, leurs barques de pêche pourrissant dans le port. Et, plus que tout, elle se souvient du visage amaigri de ses parents lorsqu'ils lui faisaient prendre sa ration de riz et sa soupe. Durant plusieurs mois, les gens travaillèrent durement. Les soldats du seigneur Entobe n'acceptaient aucun relâchement, conduisant les plus jeunes comme les plus anciens jusqu'à l'épuisement total, et les punitions étaient sévères. Le minuscule cimetière du village se remplit rapidement, et bientôt des corps commencèrent même à apparaître sur le rivage. Les villageois, trop épuisés pour creuser des tombes, abandonnaient leurs défunts à la mer.

Et puis, du jour au lendemain, les dieux se retournèrent contre le projet. Une nuit, peu après le crépuscule, trois des cinq fondations des tours s'effondrèrent, tuant l'un des plus cruels chefs de corvées. Bien que cela signifiait des mois de travail supplémentaires, les habitants se félicitèrent secrètement de l'ironie, et cette joie les anima lorsqu'ils commencèrent à déblayer les décombres et à reconstruire. Puis des choses étranges passèrent aux fournitures nécessaires. Des outils furent brisées, le bois pourrissait, les pierres se brisaient, et les cordes s’effilochaient jusqu'à céder. Des gardes moururent de façons mystérieuses, mais toujours d'apparence accidentelle. La fureur et la peur des gardes et des architectes étaient une merveille à voir. Les habitants étaient secrètement convaincus qu'un kami [NDT: un esprit] était responsable de tout ça. Une seule maison toutefois ne partageait pas l'amusement. Bien qu'ils ne lui disaient rien, Reiko percevait bien que ses parents étaient tendus, et les discutions qu'elle percevait à travers les murs une fois qu'ils croyaient qu'elle s'était endormie duraient jusqu'à tard dans la nuit. Et puis un soir d'été particulièrement chaud, incapable de dormir malgré son épuisement, Reiko quitta sa chambre pour aller prendre l'air. Elle observa alors une silhouette toute vêtue de noir sortir d'une fenêtre à l'étage de sa maison. Avant qu'elle ne puisse crier, la silhouette était à ses côtés, une de ses mains couvrant sa bouche. La personne ôta alors sa cagoule noire et Reiko reconnu sa mère.

Après cette nuit, rien en fut comme avant. Reiko apprit tout d'abord que sa mère n'était pas une bergère des terres intérieures comme elle l'avait toujours affirmé, mais qu'elle avait grandi dans les montagnes au sein d'un clan de ninjas, une honorable bande d'assassins et d'espions porteurs d'une histoire longue de plusieurs centaines d'années. En fuite après une embuscade malheureuse, elle se cacha dans le petit village et tomba amoureuse d'un simple pêcheur, le père de Reiko. Puis, malgré l'inquiétude et la désapprobation de son mari, la mère de Reiko commença à enseigner à leur fille quelques-uns des secrets de son clan. Même si elle refusa toujours catégoriquement d'emmener Reiko avec elle lors de ses raids solitaires contre les gens d'Entobe, les deux passèrent des heures ensemble dans l'obscurité, à escalader les falaises de Vague Blanche, s’exerçant avec les épées que sa mère cachait, et se déplaçant silencieusement sur les toits et les gréements des navires. Reiko se révéla une bonne étudiante, elle avait quelque chose à espérer après une journée de travail éreintant.

Et puis la mère Reiko poussa trop loin. Pris en flagrant délit de saboter un chariot transportant des pierres, elle tua plusieurs gardes avant de s'échapper pour rejoindre son domicile. Immédiatement, elle cacha ses vêtements dans un tas de fumier et mis un terme à ses activités nocturnes. Mais il était trop tard. Furieux, le seigneur Entobe vint en personne sur le site, avec une suite de guerriers, lanceurs de sorts et enquêteurs. L'après-midi suivante, il ordonna l'arrêt de la construction et rassembla tous les villageois. Reiko et sa mère, toutes les deux affectées à la tâche de servir le thé aux gardes de jour, se tenaient debout à l'arrière de la foule, regardant Entobe monter sur la scène de fortune qui avait été érigée en son honneur. S'adressant à la foule, Entobe annonça que la personne qui se cachait derrière les attentats avait été démasquée, et qu'il serait mis fin à la trahison sur ses terres. Puis il brandit un objet familier, le masque noir appartenant à la mère de Reiko, encore humide et sali par le fumier. Les gardes écartèrent alors les rangs et firent passer le père de Reiko, poignets et chevilles liés, une entaille sur sa gorge et une grosse tache rouge sur sa chemise. La jeune fille hurla et se précipita vers son père, mais sa mère l'attrapa par l'épaule et lui fit faire volte-face. Leurs regards se croisèrent : « Court, petite araignée », lui dit sa mère. Puis elle laissa échapper une lame cachée dans une de ses manches et s'extirpa de la foule pour sauter sur les gardes présents sur la scène.

Reiko couru. Utilisant toutes les compétences que sa mère lui avait appris, elle se glissa hors du village, loin du pied des falaises, évitant les gardes et les chiens d'Entobe. Pendant des jours, elle couru sur le bord de mer, sautant sur les pierres à marée basse pour ne laisser aucune emprunte ni aucune odeur, jusqu'à ce qu'elle soit sûre d'être suffisamment loin des terres d'Entobe. Puis elle se prit vers l'est, dans les montagnes, à la recherche du clan de sa mère. Et elle le trouva, mais pas comme elle se l'imaginait. Entobe avait découvert l'allégeance de sa mère au clan, et il les avait recruté pour traquer les membres restants de sa famille. Une fois encore, Reiko se retrouva en fuite. Et cette fois elle ne s'arrêta pas avant d'être loin, très loin à l'ouest, sur les rives d'une terre étrange appelée Avistan.

Aujourd'hui, Reiko est une femme adulte. Froide et distante, prompte à lancer une remarque cassante ou un regard cinglant, elle a néanmoins réussi à vivre depuis près de dix ans sur une terre où le Minkai n'est qu'une légende, et les ninjas guère plus que des contes de fées exotiques. Bien qu'elle ait travaillé avec les meilleurs voleurs et assassins de la région, Reiko n'a pas encore senti l'engagement codifié d'honneur et de subtilité dont sa mère lui parlait, et elle se lasse de la brutalité gratuite et sans fin des bandits et des hors-la-loi d'Avistan. Pourtant, l'absence de seigneurs corrompus, comme l'était Entobe, en Andoran, sa nouvelle nation, est un petit réconfort, et de ce qu'elle a pu entendre une branche secrète des Chevaliers de l'Aigle pourrait bien correspondre parfaitement à ce qu'elle cherche. Mais peu importe si ce ne sont que des rumeurs car, et en dépit d'une décennie sur ce sol étranger, Reiko considère toujours que le temps qu'elle passe autour de la Mer Intérieure n'est qu'un exercice d'entraînement. Un jour, bientôt, elle retournera à Minkai. Et quand elle le fera, la famille d'Entobe et le clan qui a trahi sa mère découvriront l'ampleur de l'erreur qu'ils ont commis.

Reiko


Source : Meet the Iconics sur paizo.com
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