Par Sharky le 12 Oct 2012, 16:22

IMRIJKA, INQUISITRICE

Des gémissements raisonnent à travers l’aile orientale de Gravecharge, la cathédrale de Pharasma bâtie dans la cité universitaire de Lepistadt. Mais ce ne sont pas les cris haletants de la mort que l'on entend trop souvent aux quatre coins de l’Ustalav qui y retentissent, ce sont des cris de vie. Depuis sa création, Gravecharge a toujours possédé un hospice propre et bien entretenu pour venir en aide aux enfants malades et aux orphelins. La déesse Pharasma, qui règne sur le cycle incessant de la vie et de la mort, chérit même les âmes les plus désespérées.

C'est un garde de la ville qui amena Imrijka dans l’immense cathédrale, la tenant à bout de bras dans un uniforme en lambeaux. Son sauveur rapporta qu'il avait trouvé cette « chose » au cours de sa patrouille dans la Spirale de Cromlech, une ruine kellide surplombant la ville et connue pour les sombres disparitions dont elle a été le triste théâtre, mais jamais pour de mystérieuses apparitions. Entendant un nouveau-né brailler entre les pierres dressées blanchies par la lune, les gardes suffisamment courageux pour s'avancer crurent d’abord qu'il s'agissait d'un enfant-démon et faillir l'exterminer au milieu des ruines. Le fait de se rendre compte que ce n'était en fait qu'une simple demi-orque ne changea pas grand chose aux yeux de ceux qui comptaient la mettre à mort, mais la croyance selon laquelle toute question de vie ou de mort doit être laissée entre les mains de la dame des tombes convaincu ceux qui ne désiraient pas faire couler le sang d’un enfant, quelle que soit sa couleur de peau, de rengainer leurs lames.

Baptisée Imrijka par la première grande prêtresse de Gravecharge, la jeune fille à la peau pistache fut lavée et vêtue, et une place lui fut offerte parmi les orphelins de l’hospice. Au début, elle terrifiait les autres pensionnaires, car elle était plus grande, plus forte et plus maligne, se mettant même à mordre des enfants parfois deux fois plus vieux qu'elle. Mais cela ne dura qu'un temps. Les prêtresses de Pharasma enseignèrent aux jeunes la volonté de leur déesse, ainsi que l’immensité de la diversité de ses créations, leur faisant prendre conscience de la chance qu'ils avaient d’avoir une sœur différente. Et il en fut ainsi à l’intérieur des murs de la cathédrale.

Quand elle fut enfin assez âgée pour comprendre et se faire comprendre de ses pairs, Imrijka fut convoquée pour la première fois dans les bureaux de Jarlos Teym, grand exorciste de Gravecharge. Celui-ci l'interrogea sur sa vie, quels étaient ses sentiments envers les études, le clergé, ses camarades et s'il y avait quelque chose qu'il pouvait faire pour rendre son existence plus agréable. Jeune fille timide, elle déclina l'offre. Des discussions sur son avenir, ses rêves et ses attentes suivirent. Puis, après des mois passés à construire une relation de confiance avec Imrijka, l’ecclésiastique la questionna sur son passé. Mais pour elle, sa vie avait débuté dans la cathédrale, en compagnie des prêtresses et des autres enfants abandonnés. Teym, pressé, insista et vérifia même les réponses par le biais de la magie. Puis, suite à un entretien particulièrement intense, la demi-orque, confuse, se mit alors à mettre ses propres interrogations sur la table : pourquoi lui attacher autant d'importance ? Pourquoi tant d’attentions de la part de Teym ? Ne pouvait-elle pas laisser ce qu'elle pourrait être l’emporter sur ce qu'elle aurait pu être ?

Jugeant la jeune pensionnaire assez grande pour comprendre, Teym lui expliqua alors les raisons de son acharnement à vouloir mettre en lumière son passé : quelqu'un avait tenté de l'adopter, à trois reprises. A chaque Kuthona [dernier mois de l'année] de ces trois dernières années. D'abord vint un homme habillé comme le valet de chambre d'un comte, avec plus de questions que de réponses. Il s’en alla non sans avoir éveillé les soupçons du culte de part ses demandes d'informations trop poussées au sujet d’Imrijka. Un an plus tard, il était de retour, en compagnie d’une femme humaine à la beauté vulpine qui prétendait être la belle-mère de l’orpheline, même si son âge apparent faisait douter de ses propos. Ce furent les soupçons et l’intuition de Teym qui maintinrent les deux étrangers loin de la fille. Le couple s’en alla sans un mot. Enfin, quelques jours seulement avant la première réunion entre l’exorciste et Imrijka, le duo revint, mené cette fois-ci par un homme vêtu de blanc et d’argent. Le nouveau-venu parlait avec l’aisance d’un être ayant pour habitude d'être obéi dans ses moindres désirs, et exigea qu’Imrijka lui soit remise. Teym en personne le lui refusa catégoriquement, lui demandant quel droit il pouvait bien avoir sur elle. Le droit qu'a un père sur sa fille, lui répondit-il. L’ecclésiastique leur ordonna alors de sortir de la cathédrale. Mais avant qu’ils ne s’exécutent, l’homme en blanc eut un petit sourire. « Elle n’est pas comme nous », dit-il, les yeux scintillants. « Excellent ».

Malgré les explications de l’exorciste, la jeune fille n'entendit que ce qu'elle voulait entendre : ses parents étaient venus la chercher et il les avait renvoyés. Elle retint ses questions et ses larmes, hochant seulement la tête, jusqu'à ce que Teym l'excusa. Mais Imrijka ne retourna pas dans sa chambre. Au lieu de cela elle se précipita à l’extérieur de Gravecharge, dans les rues enneigées. Et quelqu'un l’y attendait.

Un homme habillé de blanc était assis sur les bancs gelés autour d’une place, donnant lentement à manger des morceaux de viande hachée à des corbeaux. Voyant la fille courant éperdument dans sa direction, il se leva et alla à sa rencontre. Méfiante, elle s’approcha. Dans les mains gantées de l'homme elle aperçut alors un étrange jeton, un disque gravé de symboles barbares et d'une forme humaine empalée sur une lance. Elle s’avança pour lui. Une flèche de fer brisa alors impitoyablement la main de l’homme, laissant tomber l’étrange icône dans la neige. Teym s’était mis en travers de la place et encochait une autre flèche à son arc d’aubépine. Autour de lui claquait au vent l’emblème cramoisi bordé de noir des inquisiteurs de Pharasma, des flammes tissées qui engloutissaient les flocons que le vent tourbillonnant soufflait contre eux. « Arrière, fille » commanda-t-il sur un ton que la fugitive ne lui avait jamais vu prendre.

L'homme en blanc paraissait sculpté dans la glace. Il n’avait pas flanché. Bien que l’icône ait été envoyée au sol, un enchevêtrement de doigts disjoints et sans chair se tenait toujours droit face à Imrijka. Les dents de la fille claquaient, mais elle ne cria pas. « Une autre fois, ma chère... » murmura l’homme, juste pour elle. Puis le vent chargé de flocons tourbillonna autour de lui. L’espace d’un instant, il parut ne faire qu'un avec la tempête, tel un prince régnant sur le blizzard. Enfin, il disparut, laissant la jeune fille morte de peur, mais pas seule. Le lourd et chaud manteau du grand exorciste l’entourait. Il sentait fort le tabac et la poussière. C’était ainsi qu'elle imaginait l’odeur que devait avoir un grand-père, et non pas comme l’odeur de l’homme en blanc.

Jusqu’à ce qu’Imrijka ait atteint sa maturité et soit en état de se battre seule, elle ne quitta que rarement la cathédrale de Gravecharge. Quand elle s’en alla enfin, elle était vêtue de la livrée noir et écarlate de l’inquisiteur du culte de la Dame des tombes. Même après que Teym ait pris sa retraite, elle continua à servir l'Église qui l'avait recueillie, ainsi que l’homme qu’elle considère désormais comme son grand-père et qu’elle assiste dans ses activités de consultant sur les antiquités religieuses pour le compte de l’Université de Lepidstadt. Elle a beaucoup voyagé dans l’Ustalav et au-delà de ses frontières, participant à une expédition dans les tours osseuses de Kalexcourt ou passant une nuit à la Maison Breumhal, connue pour être hantée. Elle a même été chassée de la retraite du chasseur de monstres Kinder Ailson (non sans avoir préalablement récupéré une copie du Chasseur de Lune dûment dédicacé) et a vécu moult aventures. Elle retourne régulièrement à Gravecharge, où ses amis d’enfance ont atteint des places influentes au sein de l’Église ; Brel Vhalsik, par exemple, un théologien kellide avec qui elle entretient une relation complexe. Mais en plus de ses intérêts et des recherches de Teym, qui l’envoient loin derrière les frontières de l’Ustalav, elle suit les enseignements de sa déesse, et juge tous ceux qui violent les lois de la vie et de la mort. Lors de ses voyages, elle fait face à de nombreux préjudices, mais son arsenal et les contes de Pharasma « Monstres tueurs de Monstres » convainquent la plupart de ses adversaires et les fanatiques de garder leur bouche fermée. Elle n’a jamais revu l’homme en blanc, mais sans jamais en être sûr, tellement les souvenirs de cette fameuse soirée lui sont flous. Elle a toutefois récupéré son étrange présent qui traînait dans la neige et le porte ouvertement, espérant qu’un jour quelqu’un le reconnaisse et puisse l’aider à savoir d’où elle vient et qui elle est. Mais pour l’instant, l’avenir est riche de promesses pour Imrijka. Elle avance avec audace, confiante dans sa foi, où qu'elle aille et qui qu'elle soit.

Imrijka


Source : Meet the Iconics sur paizo.com
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